par Ketl
26 juin 2026
10 min de lecture
SharePoint, kDrive ou Nextcloud : lequel choisir pour stocker vos données en Suisse ?
SharePoint, kDrive ou Nextcloud ? Comparatif complet pour les entreprises suisses : souveraineté des données, RGPD, secret professionnel et facilité d'utilisation.

TL;DR
SharePoint domine en termes d'intégration et de fiabilité, mais expose vos données au Cloud Act américain. C'est un risque réel pour les fiduciaires, avocats et médecins suisses. kDrive offre une alternative souveraine à prix compétitif, avec une synchronisation encore perfectible. Nextcloud garantit la souveraineté totale, mais exige des compétences techniques et une vraie conviction interne. Il n'existe pas de solution universelle : le bon choix dépend de votre profil de risque juridique, de vos ressources IT et de votre tolérance à la complexité.
Introduction
Stocker des fichiers dans le cloud semble anodin jusqu'au jour où votre client vous demande où sont hébergées ses données et selon quelle loi. Pour une étude d'avocats à Genève, un cabinet comptable à Zurich ou un cabinet médical à Lausanne, la question n'est pas anodine : le secret professionnel suisse impose des obligations concrètes sur la confidentialité des données confiées.
Depuis 2021, nous utilisons et testons SharePoint Online, kDrive d'Infomaniak et Nextcloud dans le cadre de projets de transformation numérique avec des PME et des professions réglementées en Suisse. Nous partageons dans cet article ce que plusieurs années d'expérience et de retours clients nous ont permis d'apprendre.
Cadre juridique : RGPD, nLPD et secret professionnel suisse
Avant de comparer les solutions, il est important de prendre conscience du cadre juridique auquel votre activité est soumise.
Le RGPD et la nLPD : deux régimes complémentaires
La nouvelle Loi fédérale sur la protection des données (nLPD), entrée en vigueur en septembre 2023, s'aligne largement sur le RGPD européen. Elle impose notamment :
- Un traitement des données fondé sur un motif licite
- Une information claire des personnes concernées
- La possibilité d'exercer ses droits (accès, rectification, effacement)
- Des mesures techniques et organisationnelles appropriées (dont le choix de l'hébergeur)
Un cloud hébergé en Suisse ne suffit pas automatiquement à satisfaire la nLPD si l'opérateur est soumis à une législation étrangère qui peut imposer la divulgation de données sans notification préalable.
Le Cloud Act américain : une menace concrète, pas un fantasme
Le Clarifying Lawful Overseas Use of Data Act (CLOUD Act), adopté aux États-Unis en 2018, autorise les autorités américaines à exiger d'un fournisseur de services cloud soumis à la juridiction américaine la communication de données stockées n'importe où dans le monde, y compris en Suisse, sans que l'entreprise concernée ni ses clients ne soient nécessairement informés.
Microsoft, Google, Amazon : tous sont soumis à cette loi. Concrètement, cela signifie que même si vos données SharePoint sont physiquement dans un datacenter à Zurich, Microsoft pourrait légalement être contrainte de les transmettre à des autorités américaines. (source)
Pour une entreprise ordinaire, le risque peut sembler abstrait. Pour un avocat, un médecin ou un notaire, il s'agit d'une violation potentielle du secret professionnel avec des conséquences pénales à la clé en droit suisse (art. 321 CP).
Le secret professionnel suisse : une obligation de moyens renforcée
Le secret professionnel (art. 321 CP pour les avocats, médecins, ecclésiastiques ; art. 47 LB pour les banquiers) n'interdit pas l'usage du cloud. Il impose en revanche de choisir des solutions qui garantissent, dans la mesure du raisonnable, la confidentialité des informations confiées. Un prestataire soumis au Cloud Act américain ne satisfait pas cette exigence pour les données couvertes par un secret professionnel fort.
Héberger en Suisse suffit ? La plupart des fournisseurs mettent en avant l'hébergement en Suisse comme argument de conformité. C'est nécessaire, mais pas suffisant. La nationalité juridique de l'opérateur et la loi applicable à son siège social importent autant que la localisation physique du serveur.
SharePoint Online : la référence, mais sous juridiction américaine
Points forts confirmés par l'usage
SharePoint Online est la solution que nous utilisons depuis 2021 dans des contextes variés. Sa fiabilité est réelle. Les pannes sont rares et courtes. Il est à noter que certains clients semblent tout de même plus affectés par des problèmes de synchronisation que d'autres sans que nous puissions l'expliquer.
L'intégration avec Teams, Outlook et l'ensemble de la suite Microsoft 365 est sans équivalent : la communication interne, la gestion des droits, la co-édition en temps réel fonctionnent de manière cohérente.
Le stockage (1 To par organisation, extensible) est inclus dans la plupart des licences Microsoft 365 Business, ce qui rend le coût marginal presque nul pour les entreprises déjà équipées.
Facilité d'utilisation
SharePoint reste l'outil le plus facile à déployer pour des équipes habituées à l'environnement Microsoft. L'interface web de SharePoint Online n'est pas appréciée par les utilisateurs, mais elle est remplacée par Ketl au quotidien.
La synchronisation via OneDrive est robuste et s'intègre nativement à l'Explorateur de fichiers Windows. L'utilisateur peut toujours accéder à ses fichiers de manière traditionnelle, ce qui maintient une courbe d'apprentissage faible. En revanche, l'administration (gestion des sites, des permissions, des hubs) peut devenir complexe à grande échelle si les bonnes pratiques ne sont pas respectées.
Maintenance
Quasi nulle du côté client : Microsoft gère les mises à jour, la sécurité et l'infrastructure. C'est l'un des atouts majeurs pour des PME sans IT interne.
La limite rédhibitoire : Cloud Act et souveraineté
Microsoft est une société américaine. Elle est soumise au Cloud Act. Même en choisissant des datacenters suisses ou européens, vous ne pouvez pas exclure contractuellement la possibilité que des données soient transférées vers des serveurs situés en dehors de la Suisse pour des opérations de support ou de traitement : Microsoft le reconnaît dans ses conditions générales.
Pour qui ça convient : entreprises sans données sensibles couvertes par un secret professionnel, déjà dans l'écosystème Microsoft, avec une priorité à la simplicité et à la productivité.
Pour qui c'est problématique : avocats, médecins, fiduciaires, banques, toute organisation gérant des données dont la divulgation sans consentement peut engager leur responsabilité pénale.
kDrive (Infomaniak) : la souveraineté suisse à prix compétitif
Un acteur suisse avec une vraie infrastructure
kDrive est développé et opéré par Infomaniak, entreprise genevoise fondée en 1994. Ses datacenters sont situés en Suisse, alimentés à 100 % en énergies renouvelables, et la chaleur produite est réutilisée pour le chauffage. Infomaniak produit annuellement un bilan environnemental audité. La réputation d'Infomaniak est excellente et ses actions en faveur de l'environnement et de la souveraineté technologique européenne sont concrètes.
Infomaniak est soumis au droit suisse uniquement. Le Cloud Act américain ne s'applique donc pas. Les données ne transitent pas vers des pays tiers. C'est la principale différence avec SharePoint, et elle est fondamentale pour les professions réglementées.
Facilité d'utilisation
L'interface de kDrive est moderne et intuitive. Le client de synchronisation desktop fonctionne sur Windows, macOS et Linux. La suite kSuite intègre traitement de texte, tableur, présentation et messagerie. C'est une alternative crédible et complète à Microsoft 365, même si l'écosystème d'extensions et d'intégrations tierces reste moins développé. Depuis peu, les versions business et enterprise intègrent aussi Microsoft Online, utile si des fichiers posent problème avec la version Open Office proposée dans la kSuite.
À titre de comparaison tarifaire : kSuite avec 3 To de stockage par utilisateur est proposé à environ un tiers du prix d'une licence Microsoft 365 Business équivalente.
Maintenance
Comme SharePoint, kDrive est un service managé : aucune maintenance infrastructure côté client. Les mises à jour sont gérées par Infomaniak. La fiabilité est bonne, avec quelques incidents de synchronisation documentés que nous avons rencontrés en production. Ceux-ci sont principalement liés à l'absence de webhooks natifs, qui oblige le client à interroger le serveur périodiquement plutôt que d'être notifié en temps réel. Infomaniak travaille sur le sujet.
RGPD et secret professionnel
kDrive satisfait les exigences de la nLPD et du RGPD pour un hébergement en Suisse par un opérateur suisse. Infomaniak peut signer des accords de traitement des données (ATD) conformes au RGPD. Pour les professions soumises au secret professionnel, c'est une option sérieuse sous réserve de vérifier les clauses contractuelles spécifiques à votre secteur avec votre juriste.
Pour qui ça convient : PME suisses soucieuses de souveraineté, professions libérales, organisations voulant quitter l'écosystème américain sans exploser leur budget ni gérer une infrastructure.
Nextcloud : la souveraineté totale, pour qui en a les moyens
Le principe : vous contrôlez tout
Nextcloud est un logiciel open source que vous installez sur votre propre infrastructure : un serveur dans vos locaux, un datacenter suisse de votre choix, ou chez un hébergeur spécialisé. Aucun tiers n'a accès à vos données. C'est la seule des trois solutions qui offre une souveraineté technique complète, sans dépendance à un prestataire externe pour la gestion des données.
Nextcloud est soutenu par le projet Euro-Office, une initiative européenne visant à offrir une alternative souveraine à Microsoft Office. C'est un signal politique et industriel fort sur sa pérennité.
Facilité d'utilisation
Pour les utilisateurs finaux, l'expérience est comparable à kDrive : interface web propre, clients desktop et mobile, partage de fichiers, agenda, contacts. La qualité de l'expérience dépend fortement de la qualité du déploiement et de la configuration. Un Nextcloud mal configuré est lent et instable. Bien configuré, il sera plus performant que les autres solutions discutées ici.
Pour les administrateurs, la courbe d'apprentissage est réelle. La gestion des mises à jour, des plugins, de la base de données et de la sécurité demande des compétences techniques que beaucoup de PME n'ont pas en interne.
Maintenance : le point critique
C'est là que Nextcloud se distingue négativement pour beaucoup d'organisations. Les mises à jour majeures doivent être planifiées et testées. Les plugins tiers peuvent casser entre versions. Sans compétence IT interne ou prestataire de confiance, les coûts de maintenance dépassent rapidement les économies réalisées sur les licences.
Une alternative : confier le déploiement à un hébergeur Nextcloud spécialisé (il en existe en Suisse). Vous récupérez une partie de la souveraineté sans assumer toute la maintenance. Le prix reste raisonnable et vous évite de consacrer votre temps à gérer votre stockage plutôt qu'à travailler pour vos clients : c'est la solution que nous recommandons aux petites et moyennes structures.
RGPD, nLPD et secret professionnel
Nextcloud auto-hébergé dans vos propres locaux ou dans un datacenter suisse de votre choix est la solution la plus solide juridiquement. Vous êtes l'opérateur et l'hébergeur : pas de sous-traitance des données, pas de Cloud Act, pas de transfert vers des pays tiers non souhaités. C'est le niveau de contrôle qu'exigent certaines professions réglementées ou certains mandats publics sensibles.
La sécurité n'est jamais automatique. Bien que potentiellement la plus sûre et confidentielle, Nextcloud n'est pas une solution "plug-and-play" pour la conformité. La sécurité dépend de votre configuration : chiffrement au repos, gestion des certificats TLS, politique de sauvegarde, logs d'accès. Une installation Nextcloud mal sécurisée est plus risquée qu'un SharePoint bien configuré. Demandez une réponse claire sur le chiffrement en place et les sauvegardes à votre fournisseur avant de démarrer.
Pour qui cela convient : organisations avec des compétences IT internes ou un partenaire technique de confiance, forte exigence de souveraineté (secteur public, professions réglementées à fort risque juridique), et volonté d'investir dans la mise en place initiale.
Tableau comparatif synthétique
| Critère | SharePoint Online | kDrive (Infomaniak) | Nextcloud |
|---|---|---|---|
| Hébergement Suisse | ✓ (option) | ✓ (natif) | ✓ (si self-hosted en CH) |
| Juridiction | 🇺🇸 Américaine | 🇨🇭 Suisse | 🇨🇭 Suisse (si self-hosted) |
| Cloud Act américain | ⚠️ Applicable | ✓ Non applicable | ✓ Non applicable |
| RGPD / nLPD | ✓ Possible (exige une configuration correcte) | ✓ Natif | ✓ Contrôle total |
| Secret professionnel CH | ⚠️ Risque résiduel | ✓ Compatible | ✓ Compatible |
| Facilité d'utilisation | ⭐⭐⭐⭐⭐ | ⭐⭐⭐⭐ | ⭐⭐⭐ (admin) |
| Maintenance | Très faible | Très faible | Moyenne à élevée |
| Coût (par utilisateur) | Moyen-élevé | Faible | Variable |
| Intégration tierce | ⭐⭐⭐⭐⭐ | ⭐⭐⭐ | ⭐⭐⭐⭐ |
| Fiabilité sync | ⭐⭐⭐⭐⭐ | ⭐⭐⭐⭐ | ⭐⭐⭐⭐ (selon config) |
FAQ
Est-ce que stocker mes données SharePoint dans un datacenter suisse me protège du Cloud Act ?
Non. Le Cloud Act s'applique à Microsoft en tant qu'entreprise américaine, indépendamment de la localisation physique des serveurs. Les données hébergées en Suisse via SharePoint restent techniquement accessibles aux autorités américaines si Microsoft reçoit une injonction légale. L'hébergement suisse réduit d'autres risques (latence, loi applicable pour les litiges civils), mais ne neutralise pas le Cloud Act.
Un avocat ou un médecin peut-il légalement utiliser SharePoint en Suisse ?
L'usage de SharePoint reste possible, mais comporte un risque résiduel pour les données couvertes par le secret professionnel. Plusieurs barreaux cantonaux et la FMH ont publié des recommandations à ce sujet. La position prudente est d'utiliser un hébergeur soumis exclusivement au droit suisse pour les données sensibles. Consultez votre ordre professionnel et un juriste spécialisé pour votre situation spécifique.
Nextcloud est-il vraiment gratuit ?
Le logiciel est open source et gratuit. Le coût réel vient du déploiement, de la maintenance, de l'infrastructure et du support. Pour une PME de 20 personnes sans IT interne, confier un Nextcloud à un hébergeur spécialisé suisse revient typiquement à CHF 5 à CHF 40 par utilisateur par mois, soit un prix comparable à kDrive ou Microsoft 365 selon les options choisies.
kDrive est-il compatible avec le RGPD pour des clients européens ?
Oui. La Suisse est reconnue par l'UE comme offrant un niveau de protection adéquat pour les transferts de données personnelles depuis l'EEE. Infomaniak peut également signer des clauses contractuelles types (CCT) pour les traitements spécifiques qui le nécessitent.
Peut-on migrer de SharePoint vers kDrive ou Nextcloud sans tout perdre ?
Oui, mais la migration demande une planification sérieuse. Les droits d'accès, les workflows et les intégrations ne se migrent pas automatiquement. Comptez sur un projet de 4 à 12 semaines selon la volumétrie et la complexité de votre organisation actuelle.
Conclusion
La meilleure solution est celle qui est adaptée à votre contexte juridique, technique et budgétaire.
Si vous êtes une PME sans données sensibles et déjà dans l'écosystème Microsoft, SharePoint reste difficile à battre en termes de productivité et de simplicité.
Si vous exercez une profession réglementée ou gérez des données couvertes par le secret professionnel suisse, kDrive est le compromis le plus accessible entre souveraineté, coût et facilité d'usage.
Si vous avez les ressources techniques et une exigence de contrôle maximal, Nextcloud est la seule option qui vous donne une maîtrise totale de votre infrastructure.
Prochaine étape concrète : avant de choisir, cartographiez vos données par niveau de sensibilité (données publiques, données personnelles, données couvertes par un secret professionnel). Cette cartographie seule suffira souvent à éliminer une ou deux options. Si vos documents nécessitent un traitement intelligent en plus du stockage souverain, Ketl s'intègre nativement à ces trois solutions pour automatiser la classification et la recherche documentaire.
Besoin d'aide pour évaluer votre situation ou préparer une migration ? Nous accompagnons les PME et professions libérales suisses dans leurs projets de transformation numérique depuis 2019. Contactez-nous ou contact@ketl.ch
Sources :
- Cloud Act - texte officiel (Congress.gov)
- nLPD - Préposé fédéral à la protection des données (PFPDT)
- Nextcloud Euro-Office initiative
- Infomaniak - Engagement écologique et souveraineté